Je reviens de week-end vers 21:30, et dès la descente du métro, le retour promet d'être sympathique, avec un mélange d’odeur de brûlé et de truc irritant. Une seule sortie est ouverte, Marguerite de Navarre, bien évidemment la plus éloignée de chez moi. En bas des escalators, je trouve pas mal de policiers en tenue de maintien de l'ordre, et en haut, au début de la rue de la Ferronnerie, des pompiers qui éteignent ce qui semble être un feu de poubelle, avec un petit attroupement de gens téléphone à la main, les flammes étant toujours photogéniques. En rentrant chez moi, l’ambiance est bizarre avec restaurants et bars ouverts, mais aussi pas mal de petits groupes de jeunes hommes en survêtement, certains masqués, cherchant visiblement une connerie à faire. Ce n'est pas l'affluence ordinaire d'un dimanche soir, et on ne peut pas dire que les gars fassent beaucoup d'effort pour se fondre dans les badauds.
Une fois dans l'appartement je défais mes affaires etc. mais vers 23:30, pendant que je suis affalé sur mon canapé en train de lire, j'entends des heurts, des cris - mes fenêtres donnent sur la rue. Je jette un œil et il y a une trentaine (à la louche) de types qui se sont assemblés à l'angle de deux rues, et qui explorent le coin. Ils commencent pas renverser les poubelles, échouent à mettre le feu au contenu, donnent des coups dans les vitrines. Le petit restaurant chinois en bas de chez moi les intéresse particulièrement, et ils arrivent à pénétrer à l'intérieur et à ressortir avec des canettes, qui étaient l'objet de leurs convoitises. Les téléphones sont sortis, on filme ses exploits, j'imagine qu'on échange des informations ou des vidéos.
Les voisins (dont moi) sommes tous aux fenêtres, petit échange de politesses : “arrêtez” et en réponse beaucoup de “fils de pute” (pas de respect envers les travailleurs.ses du sexe, donc) et même un “révolution !” ; c'est donc ça l'insurrection prolétarienne (je suis moi-même un humble salarié, camarades). Ils s'en prennent aussi à un autre restaurant, mais là il y a quelqu'un pour les dissuader et ils n'insistent pas. A noter que pendant ce temps il y a des gens qui passent, des vélibs, même un livreur, une touriste qui traîne sa valise, etc. Je ne vois pas de violence envers les personnes, même s'ils jettent des trucs à un voisin un peu virulent dont le balcon est au premier étage.
Une voiture de police finit par barrer le bout de la rue, tout ce petit monde part en courant, en donnant quelques coups de pieds aux poubelles au passage. Les flics se déploient, retour au calme, il y a des gens qui redressent les poubelles, on va se coucher mais environ trente minutes plus tard, retour des bonshommes. Plus grand chose pour s'amuser, on abat les poubelles à nouveau, le feu ne prend toujours pas, un type tire au milieu de la rue un carton, sans doute un encombrant, farfouille un peu à l'intérieur pour en sortir un lavabo, je crois, qu'il soulève et réussit à casser - ça, c'est fait. Ensuite direction rue du Louvre et plus loin Palais Royal, et cette fois c'est fini (pour nous).
PS : en passant devant le chinois avec sa porte défoncée, j'ai juste honte. Le restaurant a ouvert relativement récemment, ses plats du Sichuan sont traduits approximativement sur le menu, le chef affiche au mur un grand diplôme d'excellence - merci et bienvenue à Paris !